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La notion d’acidification du corps est un mythe???
Sur le site Extenso.org, on peut lire que la notion d’acidification du corps est un mythe, que: «Acide ou non, aucun aliment n’influence le degré d’acidité du sang ou des cellules de votre organisme.»(1) Cette dernière affirmation est vraie, mais la conclusion qu’on en tire est tellement simpliste qu’elle en devient erronée. Parce que les pH sanguin et cellulaire ne changent pas, on en déduit que l’acidification est un mythe! Vous remarquerez d’ailleurs que les articles du site Extenso.org ne sont pas ou presque jamais référencés, comme si leur opinion faisait force de loi. La science, la vraie, n’a rien en commun avec une approche dogmatique basée sur les croyances personnelles. Bien au contraire, elle se fonde sur le doute scientifique et la démonstration. Il est donc important de remettre les pendules à l’heure, de sortir de l’opinion, si universitaire soit-elle, et d’entrer de plein pied dans l’explication des mécanismes à partir des faits et de la science.
 

Qu’est-ce que l’acidification?

Primo, il est vrai que le corps met absolument tout en œuvre pour que le pH du sang se maintienne à 7,4 (entre 7,36 à 7,44). La moindre variation hors de ces limites implique un désordre pathologique aux conséquences graves: l’acidose ou l’alcalose métabolique. Ces deux conditions mènent tout droit à l’hôpital.
 
Cependant, lorsqu’on affirme que l’acidification est un mythe, on élude la véritable question: Quel est l’effort que doit fournir le corps pour maintenir l’alcalinité du sang? C’est dans cette recherche du mécanisme qu’on comprend l’importance de l’équilibre acido-basique.
 
Une variation des pH cellulaire et sanguin (même si elle est aussi minime que 0,01) modifie l’état des molécules en solution dans et autour des cellules. Ainsi, une molécule acide est ionisée (scindée en ions positif et négatif) dans une solution alcaline. Par exemple, lorsqu’ajoutée à un liquide légèrement alcalin, l’acide acétique (vinaigre) se divise en sa molécule de base (CH3COO-) et son proton (H+). Dans un liquide acide, il ne se divise pas (CH3COOH). L’ionisation des molécules affecte les échanges entre les cellules et le milieu ambiant extracellulaire. Par exemple, une certaine molécule traversant la membrane cellulaire dans un état neutre peut ne pas la traverser dans un état ionique, ou vice versa. Ce transport selon l’état ionique varie d’une molécule à l’autre en fonction de leurs transporteurs respectifs ou de la diffusion passive.
 
Lorsqu’une trop grande quantité de molécules acides (déchets métaboliques) se retrouve dans le liquide extracellulaire, le système devient surchargé, limitant sa capacité à éliminer ces déchets.
 
Pour bien illustrer les mécanismes en cause, prenons l’exemple de la caféine. Une fois qu’elle a produit son effet stimulant, la caféine doit être métabolisée et ensuite éliminée. Le métabolite de la caféine est l’acide urique, un acide que vous connaissez peut-être pour son rôle dans la goutte. Comme cet acide est difficile à éliminer par le rein, le corps le neutralise pour en faire un sel (neutre = plus facile à éliminer). Cette neutralisation s’accomplit à l’aide des minéraux alcalins du corps, notamment le calcium, le magnésium et le potassium (via les structures qu’on nomme les tampons carbonates ou phosphates… mais ceci nous amènerait trop loin et l’explication deviendrait nébuleuse… si elle ne l’est pas déjà :-) ). En bout de ligne, nous obtenons un sel neutre de l’acide urique nommé urate de calcium (ou de magnésium, potassium, etc.).
 

Conséquences de l’acidification

Vous aurez compris que la neutralisation des acides par les minéraux entraine automatiquement une augmentation de l’élimination de ces mêmes minéraux. Si la diète n’apporte pas en abondance les aliments qui génèrent des outils de neutralisation (des minéraux alcalins, des déchets alcalins), le corps doit puiser dans ses réserves pour fournir ces minéraux. Ces réserves, ce sont les os. L’acidification du terrain (ou du corps) est donc reconnue par plusieurs experts comme la cause première de l’ostéoporose.(2,3)
 
Cet effort de neutralisation n’est pas seulement un facteur de risque de l’ostéoporose. L’acidification est impliquée dans de nombreuses conditions qui sont des conséquences directes ou indirectes de l’épuisement des capacités de neutralisation et d’équilibre. La diète acidifiante est associée à:
 * Perte de magnésium (4)
 * Augmentation du poids corporel (5)
 * Augmentation du tour de taille (syndrome métabolique) (5)
 * Marqueurs de maladies cardiaques (6)
 – Cholestérol élevé
 –  Hypertension
 – Acide urique (syndrome métabolique & goutte) (7)
 * Lien potentiel avec le risque de cancer
 * Réduction de la résistance au stress (cortisol élevé) et troubles de l’humeur (8)
 * Réduction de la masse osseuse (9)
 
On comprend donc l’importance de l’équilibre acido-basique dans le maintien de la santé et la prévention de la maladie.(10)
 

Qu’est-ce qu’une diète acidifiante?

Il faut d’abord distinguer un aliment acide d’un aliment acidifiant. Un aliment acide, comme les agrumes ou la tomate, a lui-même un pH acide. Un aliment acidifiant peut quant à lui avoir un pH alcalin, neutre ou acide. On définit un aliment acidifiant comme un aliment qui, une fois métabolisé, génère des déchets acides dans le corps. Ainsi, une viande rouge est acidifiante parce que ses protéines génèrent divers acides (dont l’acide urique) dans le corps, mais, dans votre assiette, son pH se situe très près du neutre.
 
Une diète acidifiante comprend beaucoup d’aliments acidifiants et peu d’aliments alcalinisants. On détermine la qualité acidifiante ou alcalinisante des aliments par un test nommé PRAL (Potential Renal Acid Load) ou charge rénale acide potentielle (potentielle parce que cette mesure se fait dans l’aliment et présume du métabolisme pour calculer les acides qui seront créés dans le corps et éliminés par le rein). Plus la valeur du PRAL est élevée, plus l’aliment génère des acides. Plus il est négatif, plus l’aliment génère des bases (alcalins).
 
Les viandes rouges et les fromages (surtout les fromages industriels comme les tranches cinglées ou tous ceux dont la liste d’ingrédients commence par substances laitières modifiées) sont parmi les pires coupables. La diète Nord-américaine est l’exemple parfait d’une diète acidifiante: riche en protéines animales et en aliments raffinés ayant perdus leur nutriments utiles, et très pauvre en fruits et légumes, voire dépourvue d’aliments riches en nutriments.
 

Qu’est-ce qu’une diète alcalinisante?

À l’opposé, les aliments alcalinisants (qui ne sont pas nécessairement alcalins) fournissent des déchets alcalins ou des minéraux alcalins, véritables munitions pour lutter contre l’acidification. Les plus grands alcalinisants sont les légumes, particulièrement les légumes verts.(5)
 

Question d’équilibre

Vous l’aurez deviné, les aliments acidifiants sont beaucoup plus riches en protéines que les alcalins. Une diète parfaitement alcalinisante n’est donc pas idéale puisqu’elle comporte le risque très réel d’une carence en protéines. Ce qui, entre vous et moi, n’est pas mieux. L’important est donc de fournir suffisamment d’aliments alcalinisants pour équilibrer l’impact des aliments acidifiants.
 
Comme je me plais à le répéter, l’alimentation n’est pas une religion. Il faut chercher l’information et l’adapter à notre réalité pour en tirer le maximum de bénéfices.
 

Un dernier point

Certains auteurs laissent entendre que tous les aliments s’insèrent dans une échelle, des plus acidifiants aux plus alcalinisants. Théoriquement, c’est vrai. Par contre, sachez que les aliments n’ont pas tous été testés. Ici comme ailleurs, utilisez le GBS (gros bon sens). Évitez de faire de l’équilibre acido-basique une préoccupation majeure. Ce n’est qu’un aspect de la nutrition. Important soit, mais partie intégrante du casse-tête de la table.
 
Santé!
 JYD   Références:
 
1. Certains aliments «acidifient» le corps. Échelle de crédibilité scientifique sur www.extenson.org 3 novembre 2009. Par Nutrium, centre de référence en nutrition de l’université de Montréal.
 2. Tucker KL, Hannan MT, Kiel DP. The acid-base hypothesis: diet and bone in the Framingham Osteoporosis Study. Eur J Nutr 2001;40:231–7.
 3. McGartland CP, J Robson PJ, Murray LJ, et al. Fruit and vegetable consumption and bone mineral density: the Northern Ireland Young Hearts Project. Am J Clin Nutr 2004;80:1019 –2
 4. Rylander R, Remer T, Berkemeyer S, Vormann J: Acid-base status affects renal magnesium losses in healthy, elderly persons. Journal of Nutrition. 2006;136:2374-7.
 5. Remer T, Berkemeyer S, Rylander R, Vormann J: Muscularity and adiposity in addition to net acid excretion as predictors of 24-h urinary pH in young adults and elderly. European Journal of Clinical Nutrition.2007;61:605-9.
 6. Murakami K, Sasaki S, Takahashi Y, Uenishi K: Association between dietary acid-base load and cardiometabolic risk factors in young Japanese women. British Journal of Nutrition. 2008, 100:642-51.
 7. Maalouf NM, Cameron MA, Moe OW, Adams-Huet B, Sakhaee K. Low urine pH: a novel feature of the metabolic syndrome. Clinical Journal of the American Society of Nephrology. 2008;2:883-88.
8. Torres SJ, Nowson CA, Worsley A. Dietary electrolytes are related to mood. British Journal of Nutrition. 2008;100:1038-45.
 9. Wynn E, Lanham-New SA, Krieg MA, Whittamore DR, Burkhardt P: Low estimates of dietary acid load are positively associated with bone ultrasound in women older than 75 years of age with a lifetime fracture. Journal of Nutrition 2008;138:1349-54.
 10. Vormann J, Remer T: Dietary, metabolic, physiologic, and disease-related aspects of acid-base balance: foreword to the contributions of the second International Acid-Base Symposium. Journal of Nutrition. 2008;138:413S-414S.
 

Cette article a été écrite le 30 novembre 2009 par Jean-Yves Dionne. voir référence sur sont site web:  http://www.jydionne.com/acidification-mythe-ou-realite/

 

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